Julie BILLY, Doctorante en 3ème année au Laboratoire CEFREM UMR-CNRS 5110 de l’Université de Perpignan Via Domitia, mène ses recherches de thèse au sein du groupe LMUSCA (Littoral MUlti-SCale Analyses) sur l’étude de la formation de l’isthme de Miquelon-Langlade, un tombolo double de 12 km de long sur l’Archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire d’outre-mer français proche de Terre-Neuve (Canada, N-O Atlantique).

Julie BILLY, Doctorante en 3ème année au Laboratoire CEFREM UMR-CNRS 5110 de l’Université de Perpignan Via Domitia

Ces travaux de recherche sont encadrés par Nicolas ROBIN et Raphaël Certain (CEFREM). Cette étude fait partie du projet EGIML : Étude Globale de l’Isthme de Miquelon-Langlade dont les partenaires sont le Ministère d’état de l’Outre-Mer, le Conseil Territorial de Saint-Pierre-et-Miquelon, la Direction des Territoires, de l'Alimentation et de la Mer et le Conservatoire du littoral et en collaboration avec Duncan FitzGerald de Boston University et Christopher Hein du Virginia Institute of Marine Science (VIMS)

Photo aérienne de l'Isthme de Miquelon-Langlade
Photo aérienne de l'Isthme de Miquelon-Langlade (© Thibaut Vergoz / CNRS Images)

La plupart des barrières littorales actuelles ont été initiées au cours du milieu de l’Holocène (6000 ans BP) lors de la phase de stabilisation de la transgression marine post-glaciaire. Leurs formations et évolutions sont contrôlées par de nombreux paramètres aussi bien globaux (e.g. isostasie, eustatisme, climat) que locaux (e.g. pente du substrat et espace d’accommodation, apports sédimentaires, régime de houle, géologie).

L’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon a été libéré de son épaisse calotte glaciaire il y a 13-12 000 ans BP. L’évolution de son littoral actuel est étroitement liée aux variations du niveau relatif de la mer (RSL) ainsi qu’au remaniement par l’action des vagues des dépôts glaciaires formant ainsi de nombreuses barrières mixtes de sables-galets sur son pourtour. La plus étendue est une barrière complexe de 12 km de long, constituant un tombolo double, et composée de flèche, de dunes sableuses paraboliques, d’une lagune ouverte sur l’océan et d’une plaine centrale de cordons littoraux emboîtés (ou beach-ridges) mixtes sables-galets de 5 km².

Ces travaux de doctorat reposent sur une approche originale qui consiste à étudier l’ensemble de l’architecture interne du prisme sédimentaire de haut niveau marin en effectuant un continuum géophysique entre le milieu marin et terrestre de part et d’autre de l’isthme. Ces recherches ont pour but de mieux comprendre la mise en place et l’évolution des corps sédimentaires en fonction des variations des forçages passées afin de pouvoir anticiper leurs évolutions futures. La barrière de Miquelon-Langlade, à l’abri d’une pression anthropique, est un site privilégié pour étudier l’effet des paramètres de contrôle naturels ayant abouti à la construction de cette barrière morphologiquement complexe.

Ce travail constitue l’un des pôles étudié par le groupe LMUSCA-CEFREM qui se concentre autour d'environnements de mise en place des littoraux comportant de grandes similitudes, à savoir ici un contexte millénaire de faible remontée du niveau marin et de forte disponibilité en sédiment. A ce titre, les résultats obtenus pour ce site pourront également être utilisés par analogie avec ceux du Golfe du Lion par exemple (centre principal d’intérêt des membres de Gladys), qui se sont eux édifiés dans un contexte millénaire de niveau marin stable et de forts apports fluviatiles mais qui voient aujourd’hui un changement de ces conditions avec une diminution drastique des apports d’origine anthropique et naturelle et une augmentation du niveau moyen à cause du changement climatique global initié par l’Homme.

Campagne d'acquisition de données de géophysique terrestre GPR
Campagne d'acquisition de données de géophysique terrestre GPR (Ground Penetrating Radar) sur l'Isthme de Miquelon-Langlade (© Thibaut Vergoz / CNRS Images)
Les travaux s’orientent dans le détail autour de 3 problématiques :
  1. Caractériser l’architecture interne de beach-ridges mixtes sables-galets de la plaine de Miquelon-Langlade. Quels sont les points communs et les disparités en termes d’architecture et de mode de construction par rapport aux systèmes sableux ou mixtes connus ? Est-il possible d’affiner un modèle génétique de mise en place de ces systèmes ?
  2. Replacer l’évolution géo-chronologique de la mise en place de cette barrière dans son contexte de formation afin d’établir la part des paramètres globaux et locaux influençant son initiation et sa progradation sur ses deux façades ouvertes vers l’océan. De part leur capacité à pouvoir enregistrer la signature des paramètres influençant leur formation, l’architecture interne des beach-ridges est explorée afin de déterminer s’ils représentent de bons indicateurs de l’évolution relative du niveau de la mer. Ce travail permet de présenter une estimation de l’évolution du niveau relatif de la mer pour l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon lors de l’Holocène tardif, non renseigné jusqu’à présent.
  3. Établir une vision terre-mer du prisme sédimentaire de haut niveau déposé lors de la dernière transgression marine permettant ainsi d’avoir une vision originale et complète d’une barrière littorale dans son ensemble se développant le long de deux côtes ouvertes vers l'océan.

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